Une brève de Nicolas Bendrihen sur Lacan c'est du chinois ? de Michel Bousseyroux

« La topologie n’est pas de la théorie, elle est exploration des lieux [1]», écrit Michel Bousseyroux dans son nouveau livre. Voilà qui peut inciter le lecteur intimidé à se lancer dans le voyage avec l’auteur qui, livre après livre, cisèle sa lecture de la structure.

Avec Lacan, Michel Bousseyroux transmet ici aux psychanalystes que la topologie, c’est la structure, en tant que cette dernière ne s’apprend pas de la pratique. Thèse lacanienne forte, que l’auteur va déplier tel un origami moebien dans nombre de directions toujours liées à la clinique psychanalytique. Au déplier, au couper – opérations topologiques plus ou moins familières, Michel Bousseyroux ajoute ici à la fin de son livre la couture de fin d’analyse. Portrait de l’analyste en tailleur.

Les conférences aux psychanalystes chinois reprises ici, et particulièrement celle sur « Ce qui fit Lacan se dire lacanien » nous valent une étude lumineuse de la langue chinoise et de son écriture. C’est cette langue et cette écriture qui ont très tôt intéressé Lacan, et Michel Bousseyroux nous fait explorer la cursive (« herbe folle galopante ») de son écriture, « courbure, mince comme un cheveu, du réel [2]» et la courbure sonore et tonale de sa prononciation, vérifiant particulièrement là que sans parole, une écriture peut être muette.

Comme le logogramme chinois, qui peut compter trente traits, qui est « nœud de traits [3]», ce livre est autant de traits faisant portes d’entrée dans l’exploration. Jusqu’à ce chapitre sur la douleur, si peu explorée dans le champ analytique, et ici cinquième objet.

C’est dense, étranger, lumineux, déroutant. Chinois.

Nicolas Bendrihen



[1] M. Bousseyroux, Lacan c’est du chinois ? Pulsion, fantasme, structure. Éditions Nouvelles du Champ lacanien, Paris, 2026, p. 155.

[2] Ibid., p. 135

[3] Ibid., p. 134

 

 

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