Une brève d'Adèle Jacquet-Lagrèze sur Au bout de la langue, de Georges-Arthur Goldschmidt

Cet opuscule, préfacé par Dominique Marin et composé de huit questions du psychanalyste Frédéric Pellion au traducteur, essayiste et romancier Georges-Arthur Goldschmidt sur le rapport à la langue, est une Überraschung, soit « ce qui va plus vite que soi [1] » selon la traduction de ce dernier : ça se lit rapidement tout en nous prenant de court. En quelques pages seulement, nous voilà appelés à revenir sur nos pas, à nous engager dans son œuvre sur la crête de ses langues françaises et allemandes.

Il y a quelque chose de très vivant dans sa façon d’enjamber les communes impasses de la traduction, pour nous montrer comment les dialectes s’ajoutent les uns aux autres pour cerner le manque à dire, tels des alpinistes arpentant un même sommet selon différentes géographies[2].

Le suivre dans la spatialité des préfixes germaniques, donne un élan à lire Freud, à le relire en allemand, et à apprendre encore du dispositif de la psychanalyse : entendre autrement, sans traduction immédiate, accepter le vertige d’une approche qui nous plonge dans l’énigme du sens qui fuit, propre à l’inconscient.

Ce qui se dégage de tous ses textes, c’est une authentique Freude, à naviguer entre les langues, terres originales, séparées par une mer [3] : celle de l’intraduisible de la langue maternelle, de la Chose, comme du sexe. Avec son approche et notre lecture de Lacan, nous avons du Freud féminisé par la lettre qui passe, non de main en main, mais de langue en langue, non pas dans la protestation ou l’envie[4] mais avec « joie[5] ».

Tout le piquant des réponses de cet éminent traducteur est dans cette intime lalangue en acte, nouant son histoire et son savoir. Dans ses réponses comme dans son article inédit, effet d’après-coup de leurs échanges, s’attrape comment un être habite les idiomes qu’il parle de manière absolument unique, faisant de chacun de nous des « soliglottes » toujours en apprentissage de la langue de l’autre, ce sur quoi la psychanalyse nous oblige, en chaque cas.



Adèle Jacquet-Lagrèze



[1] G-A Goldschmidt, Au bout de la langue, Éditions Nouvelles du Champ lacanien, Paris, 2026, p.19.

[2] G-A Goldschmidt, À l'insu de Babel, CNRS Editions, Paris, 2009, p 109-110.

[3] G-A Goldschmidt, Quand Freud voit la mer, Buchet-Chastel, Paris, 1988.

[4] S. Freud, « Die endliche und die unendliche Analyse », Gesammelte Werke, version staferla

[5] Traduction usuelle des dictionnaires de Freude.





 


 

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